La chronique de Bojana Momirovic : Une révolution africaine de Samir Benchikh

L’Afrique – guerres, famine, pauvreté… Eh bah non ! « Je veux montrer une image positive, mais sans dissimuler la réalité ! », s’exclame Samir. Le jeune réalisateur du documentaire « Une révolution africaine » déborde d’énergie tout comme son film et ses quatre  protagonistes. Pendant sept mois il les a suivis en Côte d’Ivoire : Rosine, une jeune femme de dix-sept ans, qui se bat contre la violence en milieu scolaire ; Michel qui va à la rencontre des détenus et se bat inlassablement pour leurs droits et la justice ; Diabson, un homme, déjà bien marqué par la vie, mais qui ne cède pas et veut donner accès à l’art à tout le monde et surtout dans le quartier populaire d’Abobo ; Tiken Jah Fakoly, le chanteur africain, mondialement connu, qui mène son propre combat à un autre niveau en organisant des concerts pour la paix et en allant à la rencontre des candidats pour les présidentielles en Guinée. Quatre personnages forts donc et des vrais parcours de combattants, comme celui du réalisateur.

Pour démarrer le projet, ils ont d’abord essayé le chemin classique : chaînes de télévision, CNC. Que des refus. Le premier budget contenait tous les salaires, les charges, l’équipement et se chiffrait à cent soixante mille euros. Le plan B est vite mis en place et le film se tourne pour onze mille euros sur des fonds personnels, quelques emprunts et l’énergie inépuisable de l’équipe. Mais pour avoir l’agrément du CNC et sortir le film en salles, il faut payer les droits musicaux et les techniciens au minimum, l’amour et l’eau fraîche ne suffisent pas ! Après deux ans d’allers et retours entre Paris et Abidjan et cent heures de rushes, ça coince. Mais Samir ne se laisse jamais décourager. Il cherche sur Internet des financements alternatifs et trouve touscoprod. « Ils me paraissaient les plus professionnels, dit Samir. Et c’était les seuls qui faisaient exclusivement du cinéma comparé aux autres sites de ce genre. »

Sans vraiment savoir s’il allait réussir à récolter la somme de quinze mille euros, vitale pour son film, il se lance dans le défi. « Je n’avais rien à perdre », dit-il. Il fait une bande-annonce et la met sur la plateforme. Touscoprod communique sur Facebook, Twitter, lui donne des conseils. Il refait le site web du film, met des photos, des articles et fait régulièrement un update de l’avancement du projet. Il fait de la pub d’abord auprès de ses amis, puis des amis des amis, puis… il a bien fallu élargir le champ de bataille. Samir a une idée et contacte des associations susceptibles d’être intéressées par le projet. D’abord à Paris, puis en région puis partout en France. Il contacte les mairies et les associations de jeunes, de voyages, d’Afrique. Et il réussit ! Les gens y vont et investissent dans son film. A peu près trois cents personnes s’y mettent. « La plupart ne sont même pas dans le cinéma. De toute façon les gens du cinéma galèrent comme moi. Les gens ont aimé la démarche et voulait la soutenir », dit Samir. Les contreparties sont DVD, affiches, invitation à la première, nom au générique, rencontre avec l’équipe du film, soirées privées. Tout sera mis en place dès que la sortie du film sera annoncée. « Dans les semaines qui viennent », dit Samir.

Samir a assuré toutes les étapes de la genèse d’un film. Un magnifique one-man-show soutenu par une petite équipe et surtout l’assistante réalisateur Agathe Thierry. Ils ont assuré l’écriture, la production déléguée, exécutive, le tournage, la réalisation, la postproduction, le marketing et la distribution… Tout. Et le résultat est époustouflant !

Dès le premier plan on est au sein de l’action avec les personnages. On partage chaque instant avec eux : leur quotidien, leur combat, leur passion. Un film, sans interviews ni voix off, qui nous plonge directement dans ces vies extraordinaires. La caméra, discrète, mais très proche, nous donne l’impression d’être là avec eux à chaque instant, même dans les moments les plus intimes, les plus forts, les plus émouvants. Le film donne envie. Une envie de la vie.

Le zèle et la passion de Samir sont contagieux. Son équipe ne chôme pas et est déjà en train d’organiser des projections en Côte d’Ivoire. De retour en France, une tournée est prévue également. Dans plusieurs villes le film sera projeté et suivi des événements comme « Les journées de l’Afrique ». Quelques festivals et distributeurs sont à l’horizon également.

Un conseil à donner aux nouveaux adhérents ? « Oui, réfléchir à une stratégie d’avance, dit Samir. Donner du contenu, des photos, des vidéos, des blogs. Je suis même passé à la radio. Il faut communiquer avec les gens pour ne pas être le seul ambassadeur du film à la fin. Il faut se faire de la presse. » Même si loin de l’Afrique, un lien se crée entre ici et là-bas. Le lien, c’est l’œuvre de Samir et le résultat d’un travail merveilleux de son équipe. Quelque part entre Abidjan et Dakar, Rouen et Lille, les mêmes images seront vues, la même musique retentira, les mêmes visages nous souriront du grand écran dans les dernières séquences du film. Et nous sourirons tous ensemble avec eux. La révolution commence.

Bojana Momirovic


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