La Genèse de Grouchenkha

Deuxième court-métrage de la réalisatrice Maéva Ranaïvojaona, La Genèse de Gouchenkha est en joli projet à mi-chemin la Russie des frères Karamazov, Paris et Berlin. Après avoir séduit Denis Lavant, il a su convaincre 47 coprods qui ont permis le succès de la campagne et la réalisation du film.

3 035€ euros collectés, 47 coprods, 101% de son objectif de départ.

Jean-Charles, réalisateur, se lance à la recherche obsessionnelle et destructrice de son héroïne, Grouchenkha, personnage de Dostoïevski, et jeune femme aux obscurs desseins.

Comment a débuté votre projet La genèse de Grouchenkha ?

Je revenais du festival de Rotterdam, où mon tout premier film avais eu sa première. J’y avais défendu mon projet de long-métrage, une adaptation du dernier roman de Dostoïevski, les Frères Karamazov. Ça avait beaucoup plu. De retour sur Berlin, avec un ami qui voulais se lancer dans la production, mais ne pouvait accompagner de but en blanc un long-métrage, nous avons alors évoqué l’idée d’un deuxième court qui permettrait d’être mieux à même d’envisager un long dans le futur. J’ai commencé à écrire, mais c’était difficile, j’étais trop imprégnée du projet Dostoievski. Et puis, alors que je répétais à Paris et Berlin avec différentes actrices pour le rôle de l’héroïne du long-métrage( Grouchenkha ), une connaissance m’a offert le contact de Lars Rudolph, un acteur que j’admirai depuis longtemps. Je travaillais déjà avec Denis Lavant à Paris. Le parallèle Paris Berlin, avec ces deux acteurs si parfaits mis en miroir, a été instantané. Deux semaines plus tard j’avais un scénario, le récit de la genèse du personnage Grouchenkha, à travers la direction d’acteur.

 

Avez-vous rencontré des difficultés au début ?

Pas au début, le début est la mise en place de ce qui va amener les difficultés, je dirais.

 

Comment avez-vous découvert touscoprod ?

La personne qui était intéressée de produire ce nouveau court avait accompagné au préalable un autre projet sur Kisskissbankbank. Ça avait fonctionné et nous avons donc opté pour le crowdfunding, dans le but d’éviter les longues attentes (souvent infructueuses) des dépôts de dossiers de subvention conventionnels. Après différentes recherches et comparaisons, l’assise de touscoprod notamment dans les festivals ( nous avons rencontré Barbara au FID ), et par rapport au CNC nous a décidé.

 

Comment s’est déroulée la campagne, qu’est-ce que cela a apporté  à votre film ?

Le travail de campagne a été très monopolisant, et angoissant. Mais elle a permis de créer un premier public en attente du film, des contacts, une énergie, et beaucoup d’échanges.

 

Le crowdfunding permet, en plus de récolter de l’argent, de fédérer une communauté autour d’un projet, auriez-vous une anecdote sur votre communauté ?

Oui, j’ai pu rencontrer un autre réalisateur qui venait de finir sa campagne et proposait de devenir co-producteur. Cette rencontre nous a amené a réfléchir à des possibilités ultérieures de création de collectif, d’entraide en terme de production, et nous réfléchissons en ce moment au différentes possibilités de collaborations futures.

 

Où en est votre projet aujourd’hui? Avez-vous des nouveaux projets en cours ?

Juste avant le tournage parisien, avec Denis Lavant à Cannes pour le dernier Carax, et aussi certains contacts de festivals intéressés, le film a pris un standing très imprévu. Pour le tenir, les besoins financiers ont beaucoup augmenté. Les images sont magnifiques, mais tout a été dépensé dans le tournage de la partie parisienne. L’acteur berlinois demandant ensuite une somme très en dehors de nos moyens, nous avons finalement tenté une subvention gouvernementale allemande, ce qui a arrêté brutalement l’avancée du projet. Ne l’ayant pas obtenue, nous envisageons aujourd’hui différentes possibilités, dont une nouvelle campagne de crowdfunding. Mais pour l’instant donc, la production est immobilisée et la partie 2 en attente d’être tournée.

 

Pouvez-vous nous parler d’un autre projet sur touscoprod que vous aimez, qui vous interpelle ou que vous soutenez ?

J’ai eu très peu de temps récemment pour un suivi des films en campagne, mais comment ne pas avoir eu vent de celle de Michèle Laroque (Jeux Dangereux, ndlr). C’est très encourageant de voir des personnes reconnues utiliser le moyen du crowdfunding, asseyant d’autant plus cette voie comme celle de notre temps, réel moyen de parer à la crise économique qui ( entre autres) rend l’accès aux subventions impossible. Le crowfunding est un moyen de survie qui devient salvateur pour les cinémas émergeants, et son investissement par des personnes publiques est un appui efficace, à mon sens.