Morbayassa

Encore une belle histoire sur touscoprod, celle de Cheick Camara. Ce réalisateur guinéen ne connaissait rien à la folle aventure du crowdfunding avant de se lancer, il y a quelques mois.

Plus de 10 500€ en 4 mois grâce à la mobilisation de plus de 60 coprods.

« Morbayassa », c’est l’histoire de Bella, une jeune femme guinéenne que la vie a mal menée et qui se retrouve prisonnière d’un réseau de prostitution. Fatoumata Diawara, la célèbre chanteuse malienne, tient le rôle de cette femme qui refuse la fatalité de son destin.

▪ Comment a débuté cette aventure « Morbayassa » ?

Morbayassa est le nom d’une danse rituelle au Manding en Afrique de l’Ouest.  Elle est dansée quand on prête serment auprès des ancêtres pour un problème quelconque. Si les vœux sont exaucés, on les remercie en dansant Morbayassa. C’est essentiellement dansé par les femmes.

L’écriture a commencé en 2004. Morbayassa est antérieure à mon premier long métrage « Il va pleuvoir sur Conakry ». J’ai ressorti le projet du placard en 2008 pour le réécrire. En 2010, j’ai commencé le tournage, à Dakar, grâce à la vente de « Il va pleuvoir sur Conakry » à ARTE. Je l’ai ensuite arrêté pour reprendre la recherche de financement (…).

En 2011, on a tourné à Paris et en banlieue, et nous avons achevé le tournage à Dakar et Conakry. Je suis rentré en post-production pour faire le montage image. C’est à ce moment que j’ai été contacté par touscoprod, qui m’a proposé ses services. J’ai sauté sur l’occasion et ça a été positif, car j’ai pu obtenir ce que je voulais: 105% pour 10 000€. C’était pour finir de payer la monteuse et son assistante. Maintenant, il faut encore trouver de l’argent pour le reste de la post-production : montage son, étalonnage, mixage, sous titrage et les sorties copies.

En faisant ce film, j’ai voulu lancer un regard sur la SOCIETE à travers la mienne avec comme angle de vu la trajectoire d’une jeune femme qui a pour seul désir et pour seule volonté de ne pas accepter son destin. La violence qu’elle porte en elle va lui donner la force d’affronter, au prix fort ce changement tant rêvé.

▪ Vous lancer seul dans cette aventure n’a pas dû être facile. Une anecdote ?

Ca n’a pas du tout été facile. Je suis venu en courant, chez touscoprod, mais, j’ai failli repartir en courant car, je n’avais pas calculé l’énormité de la communication. J’étais tout seul à tout faire. Ce fut au moment où j’étais en montage. Je sors tôt et rentre tard, il faut passer au moins 4 heures devant l’ordinateur pour communiquer avant de dormir. Je n’en pouvais plus, surtout que la communication a un langage particulier. C’est un métier à part entière. Il ne faut pas répéter la même chose. Je n’ai pas cette culture. J’en avais marre.

Un jour, j’ai dit à mon amie : « j’arrête, je vais écrire à touscoprod et retirer mon projet ». Elle me répond : « gnèt ! Tu vas continuer, ne serait ce que pour ta crédibilité, pense à ceux qui ont déjà souscrit. Il faut que tu ailles jusqu’au bout ». Elle s’y est mise un peu avec son carnet d’adresse, et moi j’ai changé de système de communication. Je suis sorti de la communication conventionnelle, pour une plus  naturelle. J’ai commencé à aller voir les gens pour mieux expliquer. En plus de ce que je faisais sur l’ordinateur, j’ai aussi appelé. Cela a remonté la côte. Vers la fin, ça devenait intéressant parce que je voyais les souscriptions se suivre. Le 25 novembre, j’étais à 105%.

Ce fut une expérience intéressante. A un moment de l’évolution des souscriptions, on ne veut pas perdre ce qui est déjà là, cela met de l’énergie. La communication vient naturellement, car il faut que les gens comprennent : vous ne devez pas perdre ce qui est déjà acquis. Il y en a qui souscrivent deux ou trois fois. Jusqu’au jour où j’ai eu quelqu’un au téléphone qui m’a dit : « J’attends la fin pour clôturer quelque soit ce qui reste », j’étais à 79% à l’époque. Quel soulagement. Effectivement, le 23 novembre, je suis allé chez la personne qui m’a donné un chèque en faisant sauter le champagne… Elle avait beaucoup aimé « Il va pleuvoir sur Conakry ».

Voilà mon aventure avec touscoprod.

▪ Comment avez-vous découvert touscoprod ?

C’est touscoprod qui m’a contacté.

▪ Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans cette aventure ?

Parce que le système est vrai et propre.

▪ Qu’est-ce que cette campagne a changé dans le cours de votre film ?

La première dimension, c’est de trouver de l’argent pour faire le projet. Mais, la deuxième  aussi importante que la première, c’est la visibilité que cela va donner au film. L’engagement de tant de personnes sur le projet fait que le projet devient « Votre projet » et on se bat pour le faire aboutir. Cette confiance donne une grande responsabilité au porteur, il ne faut pas décevoir les coproducteurs.  Ce côté social et humain est très important dans ce système.

Autre chose, ça permet aux gens de comprendre les difficultés des cinéastes indépendants, voire des artistes indépendants, qui souhaitent aller au bout de leurs projets. Anecdote : j’étais dans le bureau d’un financier il n y a pas longtemps. Dans nos conversations, il me pose une question sincère : « Mais dis-moi, comment vous vivez, vous, cinéastes indépendants, surtout africains ? », il était vraiment sincère. Je lui répond « D’eau et d’amour pour l’art » Nous avons éclaté de rire…

▪ Comment a réagi votre communauté ? Une anecdote ?

Après avoir atteint l’objectif, ma communauté n’a pas arrêté de m’envoyer des mails de félicitation, aussi, quelques chèques en retards me sont parvenus.

▪ Et maintenant ?

Je suis rassuré de mon projet, il faut donc continuer à se battre pour arriver à bout.

▪ Pouvez-vous nous parler d’un autre projet sur touscoprod que vous aimez, qui vous interpelle où que vous soutenez ?

Franchement, j’aime tous les projets sur le site, si on est là, c’est qu’on défend quelque chose. J’aurai les moyens, j’aiderai tous les films sur le site.

Je fini par remercier la structure et l’encourage à aider les projets à exister.

Bravo à vous et à la prochaine fois sur touscoprod.

 

1ère conférence : Pourquoi le Crowdfunding ?

 

La thématique : « Aujourd’hui, le crowdfunding se démocratise. Quelles motivations poussent les porteurs de projets audiovisuels à soumettre leurs films sur une plateforme de financement participatif ?  »

Cette conférence a accueilli trois intervenants de deux plateformes de financement participatif différentes. Ils ont réussi à financer leur projet et ils nous en parlent !

Le premier, Samir Benchikh, a présenté son documentaire « Une révolution africaine«  sur touscoprod qui est amené à sortir en salle. Son projet prévoyait de récolter 15 000 € sur 100 jours pour financer la post-production de son film. Après la date d’échéance le montant total de la souscription a dépassé le montant espéré. Ce qui l’a porté est notamment le fait d’avoir réussi à mobiliser une communauté dont chaque membre a joué le rôle de relai en parlant du film autours de lui.

Les deux autres intervenants, Pierre Bessard et Thomas Léaud, viennent de KissKissBankBank et ont présenté un webdoc sur la vie d’un sans abris parisien, « Georges« . Ce projet a demandé un financement de 10 000 €, à récolter en 90 jours, pour financer les frais de voyages et les salaires des techniciens. Finalement l’équipe a obtenu 12 000 €, soit
2 000 € de plus que prévu. Pour eux, le financement participatif pour produire leur film était un choix en cohérence avec leur projet, puisqu’il nous rappelle que la solidarité est une valeur importante pour un meilleur rapport aux autres. Eux aussi ont utilisé le community management en alertant le public sur leur projet via les réseaux sociaux.

Une grande partie de la communication des projets sur Internet s’est faite grâce à Facebook. Pour leur webdoc, Pierre et Thomas ont créé une page Facebook et ont rassemblé à eux deux environ 1000 contacts. Sur les 127 coprods que le projet a regroupé, la majorité fait partie de leur entourage (famille, amis, contacts professionnels…). Samir a regroupé quant à lui environ 3500 contacts Facebook à lui seul, en créant également une fan page sur le film. Son réseau plus large s’est développé en France mais aussi et surtout en Afrique avec de nombreuses associations, des personnes engagées, des personnalités dont Tiken Jah Fakoly… Une fois s’être fait connaître, les projets ont attiré les souscripteurs grâce aux contreparties qu’ils proposaient.

Pour « Georges », des contreparties artistiques ont été mises en place. Thomas étant photographe, ils ont pu proposer des cartes postales avec ses photos, ou encore un portrait de Georges réalisé par une artiste-peintre. Ces contreparties ont un coût à bien considérer dans le budget selon Thomas et Pierre. Pour « Une révolution africaine », Samir avait prévu des contreparties sous forme de goodies personnalisés (affiche unique du film avec le nom du coprod…) et de projections privées en présence de l’équipe du documentaire. Pour un futur projet il a pensé à des invitations en salle de montage pour toujours plus de proximité avec les coproducteurs.

En ce qui concerne le contenu de l’information diffusé, la quantité et la fréquence de diffusion, chacun des deux projets a eu sa méthode. Samir, par exemple, a fait l’erreur de tout poster au début de sa période de souscription. Il a réalisé par la suite que donner des informations au compte-goutte permet de mieux impliquer le public et d’agrandir sa communauté de souscripteurs. Selon lui, le bon équilibre est de poster un élément par semaine, que ce soit un carnet de bord, des photos… Pierre et Thomas eux, soulignent aussi l’importance de publier des informations mais surtout celle de se rapprocher du transmédia, c’est-à-dire prolonger la narration du projet, au-delà du film en lui-même, en diffusant du contenu différent selon chaque média choisi. Exemple: le long-métrage diffusé au cinéma, l’histoire du tournage dans un making-off en DVD, la genèse du projet présentée dans des magazines… Pour eux, cette diversification ne leur fait pas perdre la main sur leur œuvre. Les sites de crowdfunding sont pour eux un média particulièrement efficace pour mesurer l’intérêt suscité par un projet.